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Recherche sur l’amitié

Science de l’amitié : ce que la recherche nous apprend

L’amitié paraît spontanée. La recherche montre pourtant qu’elle dépend aussi de conditions très concrètes : avoir des occasions de se revoir, passer du temps ensemble, parler de choses qui comptent, se répondre, entretenir le lien et traverser les changements de vie sans laisser toute la relation au hasard.

Ce qui m’intéresse dans la recherche sur l’amitié, ce n’est pas d’en faire une recette. C’est de comprendre quelles conditions rendent une relation plus facile à construire, puis de voir ce qu’on peut réellement mettre en pratique dans une vie adulte.

Carole Stromboni

À retenir

La recherche converge sur plusieurs idées : le temps partagé compte, mais sa qualité aussi ; la répétition crée des occasions ; la proximité facilite la formation des liens ; l’ouverture personnelle peut favoriser la proximité lorsqu’elle est progressive et bien reçue ; la réciprocité compte ; les amitiés ont besoin de comportements d’entretien ; et les grands changements de vie modifient fortement nos réseaux sociaux.

1. Passer du temps ensemble compte

Jeffrey A. Hall a étudié le temps nécessaire au développement de nouvelles amitiés auprès d’adultes récemment installés dans une nouvelle ville et d’étudiants en première année. Dans les deux études, davantage de temps passé ensemble était associé à davantage de proximité.

L’étude est devenue connue pour ses estimations d’environ 50 heures pour passer d’une connaissance à un ami occasionnel, environ 90 heures pour atteindre le niveau d’« ami » et plus de 200 heures pour une amitié proche.

50, 90 et 200 heures ne sont pas des seuils universels. L’étude fournit des estimations à partir de populations précises et ne démontre pas qu’un nombre d’heures produit automatiquement une amitié.

En pratique : plutôt que de compter les heures comme un quota, cherchez des occasions réalistes de revoir les personnes avec lesquelles le courant passe.

Source : Hall, J. A. (2019). How many hours does it take to make a friend? Journal of Social and Personal Relationships, 36(4), 1278-1296. DOI

2. Ce que l’on fait pendant ce temps compte aussi

Dans la même recherche, Hall a constaté que le temps passé dans des activités de loisir était associé au développement de la proximité. Certains types de conversation quotidienne prédisaient également des changements de proximité.

Le temps seul n’explique donc pas toute l’histoire.

En pratique : se retrouver dans un contexte où l’on peut vraiment interagir est probablement plus favorable qu’accumuler simplement des heures à proximité l’un de l’autre.

Source : Hall (2019).

3. La proximité augmente les occasions de devenir amis

L’un des résultats les plus anciens et les plus robustes de la psychologie sociale est l’effet de proximité : nous avons davantage de chances de créer des liens avec les personnes que nous rencontrons régulièrement.

Des travaux plus récents continuent à retrouver cet effet. Une étude longitudinale publiée en 2022 a montré que des élèves assis près les uns des autres avaient davantage de chances de devenir amis au fil du temps.

Cette étude portait sur des enfants, pas sur des adultes. Elle ne doit donc pas être transposée mécaniquement. Mais elle fournit une démonstration particulièrement nette de la manière dont la structure d’un environnement peut créer des occasions de relation.

En pratique : pour rencontrer des amis potentiels, un lieu récurrent peut être plus utile qu’une succession d’événements où vous ne revoyez jamais les mêmes personnes.

Source : Faur, S. & Laursen, B. (2022). Classroom Seat Proximity Predicts Friendship Formation. Article

4. La répétition aide, mais elle ne suffit pas

Voir souvent quelqu’un augmente les occasions d’interagir et de devenir familier. Mais la proximité seule ne garantit évidemment pas l’amitié.

L’étude sur la proximité en classe est intéressante précisément parce que les élèves connaissaient déjà leurs camarades. Lorsque les places changeaient, les nouvelles proximités étaient associées à la formation de nouvelles amitiés. Les auteurs soulignent ainsi que l’exposition peut faciliter le processus sans suffire à elle seule.

En pratique : revenez dans les mêmes lieux, mais ne confondez pas présence répétée et relation. À un moment, il faut interagir.

Source : Faur & Laursen (2022).

5. Les conversations plus personnelles peuvent créer davantage de proximité

Dans l’expérience classique d’Arthur Aron et de ses collègues, des inconnus qui répondaient pendant environ 45 minutes à une série de questions encourageant un dévoilement de soi progressivement plus personnel rapportaient ensuite davantage de proximité que des participants ayant eu une conversation de banalités.

Cette étude porte sur la création expérimentale d’un sentiment de proximité, pas sur la formation garantie d’une amitié durable.

En pratique : une conversation peut devenir progressivement plus personnelle lorsqu’il existe suffisamment de confort et de réciprocité. Il n’est pas nécessaire de commencer par une confidence très intime.

Source : Aron, A., Melinat, E., Aron, E. N., Vallone, R. D. & Bator, R. J. (1997). The Experimental Generation of Interpersonal Closeness. Personality and Social Psychology Bulletin, 23(4), 363-377. DOI

6. Se dévoiler n’est pas seulement parler de soi : la réponse de l’autre compte

La littérature sur l’amitié adulte associe la qualité de la relation à la confiance, au soutien et au dévoilement de soi. Une revue systématique de 38 études souligne également l’importance d’une réponse positive aux tentatives de partage et de soutien.

Autrement dit, la proximité ne dépend pas seulement de ce que l’on confie. Elle dépend aussi de la manière dont cette confidence est reçue.

En pratique : écoutez, posez une question, montrez que vous avez compris et retenez ce qui compte pour l’autre. Une relation se construit dans les deux directions.

Source : Pezirkianidis, C., Galanaki, E. & Raftopoulou, G. (2023). Adult friendship and wellbeing: A systematic review with practical implications. Frontiers in Psychology, 14, 1059057. DOI

7. La réciprocité est une caractéristique centrale de l’amitié

L’amitié adulte est généralement décrite dans la littérature comme une relation volontaire et réciproque. Des recherches sur les réseaux sociaux montrent aussi que les liens d’amitié perçus ne sont pas toujours réciproques, et que les relations réciproques tendent à être différentes des nominations non réciproques.

Il faut néanmoins être prudent : une relation saine n’exige pas que chaque message, invitation ou service soit rendu immédiatement à l’identique.

En pratique : regardez la tendance sur la durée. Est-ce que l’autre initie parfois ? répond ? accepte ou propose d’autres moments ? se souvient de vous ? La réciprocité est mieux comprise comme un mouvement à deux que comme une comptabilité exacte.

Sources : Pezirkianidis et al. (2023) ; Vaquera, E. & Kao, G. (2008). Do You Like Me as Much as I Like You? Friendship Reciprocity and Its Effects on School Outcomes among Adolescents. Article

8. Les amitiés ont besoin d’entretien

Debra Oswald, Eddie Clark et Cheryl Kelly ont identifié quatre grandes catégories de comportements de maintenance dans l’amitié : positivité, soutien, ouverture et interaction.

C’est un résultat important parce qu’il déplace la question de « trouver des amis » vers « que faisons-nous pour que la relation continue ? ».

En pratique : entretenir une amitié peut être très ordinaire : donner des nouvelles, proposer quelque chose, être encourageant, partager ce qui se passe dans sa vie et créer de nouvelles occasions de se voir.

Source : Oswald, D. L., Clark, E. M. & Kelly, C. M. (2004/2005). Friendship Maintenance: An Analysis of Individual and Dyad Behaviors. Journal of Social and Clinical Psychology, 23(3), 413-441. DOI

9. La qualité de l’amitié compte beaucoup pour le bien-être

Une revue systématique publiée en 2023 a analysé 38 recherches sur l’amitié adulte et le bien-être. Dans l’ensemble, la qualité de l’amitié et le fait de socialiser avec des amis étaient positivement associés à différentes dimensions du bien-être.

Les auteurs soulignent toutefois que la littérature comporte encore des limites importantes : beaucoup de travaux sont transversaux et une grande partie des échantillons concerne de jeunes adultes ou des étudiants.

En pratique : « avoir beaucoup d’amis » et « avoir des relations satisfaisantes » ne sont pas la même chose. Le nombre seul donne une image incomplète de la vie amicale.

Source : Pezirkianidis et al. (2023).

10. Une alliance fiable avec un ami est liée à moins de solitude

Une étude longitudinale ayant suivi 346 personnes entre 20 et 30 ans a examiné plusieurs dimensions de leur meilleure amitié, notamment l’intimité, la fiabilité de l’alliance et le conflit. Une alliance amicale perçue comme fiable était associée à une meilleure estime de soi et à moins de solitude.

Ce type de résultat ne permet pas de conclure que l’amitié est à elle seule la cause de ces différences, mais il renforce l’importance de la qualité et de la fiabilité perçues du lien.

Source : Langheit, S. et al. (2024). Links Between Best-Friendship Quality and Well-Being From Emerging to Established Adulthood. Article

11. Les grands changements de vie remodèlent nos réseaux

Une méta-analyse de 277 études a examiné l’évolution des réseaux sociaux au cours de la vie. Les réseaux changent avec l’âge, mais aussi avec des événements comme l’entrée dans la vie professionnelle, la parentalité ou le veuvage.

Cela aide à comprendre pourquoi une période de déménagement, un nouveau travail, une séparation ou l’arrivée d’un enfant peut modifier une vie amicale sans qu’aucune amitié ait nécessairement « mal tourné ».

En pratique : après une transition, il peut être utile de reconstruire volontairement des structures de répétition : activité hebdomadaire, voisinage, sport, groupe, bénévolat, cours ou rendez-vous récurrent.

Source : Wrzus, C., Hänel, M., Wagner, J. & Neyer, F. J. (2013). Social network changes and life events across the life span: a meta-analysis. Psychological Bulletin, 139(1), 53-80. PubMed

12. Une transition peut aussi créer de nouvelles occasions d’amitié

Les transitions ne font pas que fragiliser des liens existants. Elles peuvent également exposer à de nouvelles personnes.

Des travaux longitudinaux sur de jeunes adultes quittant le domicile familial pour leurs études montrent que les grands changements de circonstances peuvent créer des occasions de former de nouveaux liens tout en modifiant la composition du réseau existant.

En pratique : une nouvelle ville ou un nouveau travail n’est pas seulement une perte de réseau. C’est aussi une période où les routines sociales sont encore en train de se construire.

Source : Kempnich, M. et al. (2024). PubMed

13. Nous avons souvent tendance à devenir amis avec des personnes qui nous ressemblent

La recherche sur les réseaux sociaux documente depuis longtemps l’homophilie : les relations sont plus fréquentes entre personnes qui partagent certaines caractéristiques, situations ou intérêts.

Il faut éviter d’en tirer la conclusion que « les meilleurs amis sont ceux qui nous ressemblent ». La similarité peut faciliter les occasions, l’identification ou les interactions, mais des amitiés fortes peuvent évidemment traverser de nombreuses différences.

En pratique : un intérêt ou un contexte partagé peut être un bon point de départ. Il n’a pas besoin de devenir un test de compatibilité totale.

Source : Block, P. & Grund, T. (2014). Multidimensional Homophily in Friendship Networks. Article

14. L’amitié adulte est davantage une question de qualité que de quantité

La recherche ne soutient pas l’idée qu’il existerait un nombre idéal d’amis valable pour tout le monde. Les adultes distinguent eux-mêmes différents niveaux de proximité, et les études sur le bien-être indiquent que la qualité, le soutien, la satisfaction et les comportements d’entretien comptent beaucoup.

En pratique : au lieu de demander « est-ce que j’ai assez d’amis ? », une question plus utile peut être : « Est-ce que mes relations actuelles me donnent le type de proximité, de soutien et de réciprocité dont j’ai besoin ? »

Source : Pezirkianidis et al. (2023).

15. La science décrit des probabilités, pas une recette

Aucune de ces recherches ne permet de garantir qu’une personne deviendra votre amie.

Passer du temps ensemble augmente les occasions. La proximité facilite les rencontres répétées. Le dévoilement personnel peut créer de la proximité. La réciprocité et l’entretien soutiennent les relations. Les transitions modifient les réseaux.

Mais une amitié reste une relation volontaire entre deux personnes. Le contexte, la personnalité, l’âge, la culture, le moment de vie et l’envie mutuelle comptent.

C’est précisément la distinction que fait The Friendship Practice : utiliser la recherche comme repère, puis revenir à la vraie relation devant soi.

Source : Synthèse des recherches citées sur cette page.

L’amitié en France : ce que montrent les données françaises

La recherche française documente moins directement les mécanismes par lesquels deux adultes deviennent amis que la littérature internationale citée plus haut. En revanche, plusieurs grandes enquêtes permettent de mieux comprendre la place concrète des amis dans la vie sociale en France : fréquence des contacts, différences selon l’âge ou la vie en couple, solitude, territoire et réseaux de proximité.

Ces données ne disent pas qu’une pratique particulière « cause » une amitié. Elles décrivent la sociabilité telle qu’elle est observée dans la population française.

1. En France, près de deux personnes sur trois ont un contact avec leurs amis chaque semaine

Selon l’Insee, en 2022, 63 % des personnes âgées de 16 ans ou plus en France métropolitaine avaient au moins un contact hebdomadaire avec leurs amis, que ce soit par une rencontre ou une communication à distance.

Les rencontres en personne étaient moins fréquentes : 44 % déclaraient voir des amis au moins une fois par semaine, tandis que 59 % communiquaient avec eux à distance au moins chaque semaine.

Ce que cela montre : les contacts amicaux passent aujourd’hui à la fois par les rencontres physiques et par les communications à distance.

Ce que cela ne montre pas : ces chiffres ne mesurent ni la qualité des amitiés, ni leur degré de proximité.

Source : Insee (2024). France, portrait social – Relations sociales. Données SRCV 2022. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8242375

2. Les contacts amicaux deviennent moins fréquents avec l’âge

Toujours selon l’Insee, 88 % des 16-24 ans avaient un contact avec leurs amis au moins chaque semaine en 2022. Cette proportion était de 74 % chez les 25-39 ans, 63 % chez les 40-49 ans et 53 % chez les personnes de 50 ans ou plus.

Pour les rencontres en personne, l’écart était encore plus net : 76 % des 16-24 ans voyaient des amis chaque semaine, contre 46 % des 25-39 ans, 38 % des 40-49 ans et 34 % des 50-64 ans.

Ce que cela montre : la fréquence des contacts amicaux déclarés diminue nettement avec l’âge.

Ce que cela ne montre pas : une fréquence plus faible ne signifie pas nécessairement des amitiés moins fortes.

Source : Insee. Rencontres et communications avec la famille et les amis selon le sexe, la vie en couple et l’âge. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2648126

3. Les personnes en couple ont moins de contacts hebdomadaires avec leurs amis

En 2022, 58 % des personnes vivant en couple avaient des contacts avec leurs amis chaque semaine, contre 72 % des personnes ne vivant pas en couple.

Pour les rencontres en personne, l’écart était encore plus marqué : 36 % des personnes en couple voyaient des amis chaque semaine, contre 55 % des personnes qui ne vivaient pas en couple.

Ce que cela montre : la vie en couple est associée, dans les données françaises, à une fréquence plus faible de contacts amicaux.

Ce que cela ne montre pas : ces données ne prouvent pas que le couple « fait perdre des amis ».

Source : Insee (2024). France, portrait social – Relations sociales. SRCV 2022. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8242375

4. Avoir des contacts sociaux n’empêche pas nécessairement de se sentir seul

En 2022, l’Insee indiquait que 33 % des personnes interrogées s’étaient senties seules au moins parfois au cours des quatre semaines précédentes.

Le sentiment de solitude touchait aussi les jeunes : 30 % des 16-24 ans déclaraient s’être sentis seuls.

Ce que cela montre : fréquence des contacts et sentiment de solitude ne sont pas la même chose.

Ce que cela ne montre pas : l’enquête ne permet pas de conclure que la qualité insuffisante des amitiés est la cause directe de ce sentiment.

Source : Insee (2024). France, portrait social 2024 – Relations sociales. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8242375

5. La solitude et l’isolement ne désignent pas la même réalité

L’étude Solitudes 2025 du Crédoc distingue l’isolement relationnel du sentiment subjectif de solitude.

En juillet 2025, 11 % des personnes interrogées étaient considérées comme isolées, tandis que 24 % déclaraient se sentir seules souvent ou presque tous les jours.

Ce que cela montre : on peut avoir des contacts et se sentir seul, ou avoir peu de contacts sans nécessairement déclarer un fort sentiment de solitude.

Source : Crédoc, Riffaut, H., Dessajan, S., Berhuet, S. & Hoibian, S. (2026). Étude Solitudes 2025 – Les liens de proximité : pivots de la sociabilité. Rapport Crédoc

6. Les amis font partie des réseaux de sociabilité les plus régulièrement mobilisés en France

Dans l’enquête Crédoc conduite en juillet 2025 auprès de plus de 3 000 personnes résidant en France, 58 % déclaraient voir régulièrement leurs amis.

Les amis arrivaient devant les voisins (54 %) et la famille (52 %) lorsqu’on comparait la fréquence des contacts réguliers.

Ce que cela montre : dans la vie quotidienne, les amis occupent une place très concrète dans les réseaux de sociabilité en France.

Ce que cela ne montre pas : la fréquence de contact ne permet pas de hiérarchiser l’importance affective des différents réseaux.

Source : Crédoc. Étude Solitudes 2025 – Les liens de proximité : pivots de la sociabilité. Rapport Crédoc

7. Le voisinage peut offrir des liens réguliers sans devenir automatiquement une amitié

L’étude qualitative du Crédoc sur les liens de proximité souligne l’importance des interactions entre voisins, notamment pour les personnes seules ou isolées.

Ces échanges peuvent constituer une présence régulière et rassurante dans la vie quotidienne. Mais les chercheurs indiquent aussi qu’ils restent souvent cordiaux et ponctuels et ne se transforment pas nécessairement en relations interpersonnelles plus profondes.

Ce que cela montre : la proximité géographique crée des occasions de contact, mais elle ne suffit pas à produire une amitié.

Source : Crédoc. Étude Solitudes 2025 – Les liens de proximité : pivots de la sociabilité. Rapport Crédoc

8. Les associations constituent des espaces de sociabilité régulière

Le Crédoc décrit les associations comme des espaces importants d’ancrage social pour certaines personnes seules ou isolées.

L’enquête qualitative montre que leur rôle ne se limite pas à fournir une activité : elles peuvent offrir une sociabilité stable et régulière.

Ce que cela montre : les environnements récurrents où l’on participe à une activité commune peuvent constituer une infrastructure de sociabilité.

Prudence : il s’agit principalement de données qualitatives portant notamment sur des personnes seules ou isolées. Elles ne permettent pas d’affirmer que rejoindre une association produit automatiquement de nouvelles amitiés.

Source : Crédoc. Étude Solitudes 2025 – Les liens de proximité : pivots de la sociabilité. Rapport Crédoc

9. L’isolement et la solitude ne se répartissent pas de la même façon selon les territoires

En juillet 2025, le Crédoc estimait que 14 % des habitants des communes rurales étaient en situation d’isolement relationnel, contre 9 % dans l’agglomération parisienne et les communes de plus de 100 000 habitants.

Mais le sentiment de solitude présentait le mouvement inverse : 28 % des habitants des grandes agglomérations déclaraient se sentir seuls, contre 21 % en milieu rural.

Ce que cela montre : vivre au milieu de nombreuses personnes n’empêche pas de ressentir de la solitude, tandis qu’un territoire moins dense peut créer d’autres obstacles, notamment la distance et le manque d’espaces de sociabilité.

Source : Crédoc. Étude Solitudes 2025 – Les liens de proximité : pivots de la sociabilité. Rapport Crédoc

10. Les réseaux amicaux des personnes immigrées montrent aussi le rôle du contexte social et géographique

Une publication de l’Insee consacrée aux relations sociales des immigrés et des natifs d’Outre-mer indique que 84 % des immigrés interrogés avaient vu au moins un ami au cours des deux semaines précédentes.

Parmi les immigrés ayant rencontré des amis, la composition de ces réseaux variait selon l’origine, le sexe et le quartier de résidence.

Ce que cela montre : les réseaux amicaux sont aussi façonnés par le contexte social, géographique et migratoire.

Prudence : ces données portent sur une population spécifique et ne doivent pas être généralisées à l’ensemble des adultes en France.

Source : Insee. Relations sociales des immigrés et des natifs d’Outre-mer. https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793292

Ce que ces données changent pour la pratique

Les recherches internationales présentées plus haut permettent surtout d’examiner des mécanismes : temps partagé, proximité, dévoilement de soi, réciprocité ou maintenance. Les données françaises ajoutent un autre niveau de lecture : le contexte dans lequel les amitiés doivent vivre.

Elles montrent notamment que les contacts amicaux deviennent moins fréquents avec l’âge, que les personnes en couple voient moins souvent leurs amis que celles qui ne vivent pas en couple, que solitude ressentie et isolement objectif sont deux phénomènes différents, que les amis restent un réseau de sociabilité très actif en France, que le territoire crée des contraintes différentes en milieu rural et urbain, et que les voisins et les associations peuvent offrir des occasions régulières de sociabilité sans garantir la création d’amitiés.

Cela renforce une idée centrale de The Friendship Practice : une vie amicale ne dépend pas uniquement de la personnalité ou de la volonté. Elle dépend aussi des structures de la vie quotidienne qui rendent les rencontres et la continuité possibles.

Les données françaises sont particulièrement intéressantes parce qu’elles montrent à quel point nos vies organisent nos amitiés à notre place : l’âge, le couple, le travail, le quartier ou la mobilité changent simplement le nombre d’occasions que nous avons de nous voir. La pratique consiste souvent à recréer volontairement ces occasions.

Carole Stromboni

À propos des données françaises : les sources françaises utilisées ici comprennent des enquêtes statistiques nationales de l’Insee et des enquêtes quantitatives et qualitatives du Crédoc. Elles ne sont pas toutes des expériences scientifiques évaluées par les pairs. Elles sont utilisées pour documenter la sociabilité et les conditions relationnelles en France, et non pour démontrer des mécanismes causaux de formation de l’amitié.

Ce que la recherche ne permet pas d’affirmer

« Il faut exactement 200 heures pour devenir amis proches »

Non. Les chiffres de Hall sont des estimations issues de ses études, pas des seuils biologiques ni une règle universelle.

« Voir quelqu’un souvent suffit pour devenir son ami »

Non. La proximité crée des occasions. Elle ne garantit ni l’affinité ni la réciprocité.

« Il faut se confier rapidement pour créer une connexion »

Non. L’expérience d’Aron utilisait un dévoilement progressif dans un cadre précis. Une révélation trop intime ou non réciproque peut au contraire être inconfortable.

« Plus on a d’amis, mieux on va »

C’est trop simpliste. La qualité des relations est une dimension centrale de la littérature sur l’amitié et le bien-être.

« Si une amitié demande des efforts, elle est mauvaise »

Non. La recherche sur la maintenance montre précisément que les relations durables impliquent des comportements qui entretiennent le lien. Effort ne signifie pas nécessairement déséquilibre.

Comment je sélectionne les recherches citées ici

Je privilégie les recherches publiées dans des revues scientifiques évaluées par les pairs, les méta-analyses et revues systématiques lorsqu’elles existent, les études longitudinales lorsqu’une question concerne l’évolution d’une relation dans le temps, et les expériences lorsqu’elles permettent de tester plus directement un mécanisme, plutôt que les résumés de presse.

Je distingue également une association d’une causalité. Beaucoup de recherches sur l’amitié sont observationnelles : elles montrent que deux phénomènes sont liés sans pouvoir démontrer que l’un produit nécessairement l’autre.

Enfin, la littérature comporte des limites. De nombreuses études ont été réalisées auprès d’étudiants, d’adolescents ou dans un nombre restreint de pays. Un résultat robuste dans une population ne doit pas être transformé en vérité universelle sur toutes les amitiés.

Dernière revue : 20 août 2026

Sources

Les principales sources

  1. Hall, J. A. (2019). How many hours does it take to make a friend? Journal of Social and Personal Relationships, 36(4), 1278-1296. https://doi.org/10.1177/0265407518761225
  2. Aron, A., Melinat, E., Aron, E. N., Vallone, R. D. & Bator, R. J. (1997). The Experimental Generation of Interpersonal Closeness. Personality and Social Psychology Bulletin, 23(4), 363-377. https://doi.org/10.1177/0146167297234003
  3. Oswald, D. L., Clark, E. M. & Kelly, C. M. Friendship Maintenance: An Analysis of Individual and Dyad Behaviors. Journal of Social and Clinical Psychology, 23(3), 413-441. https://doi.org/10.1521/jscp.23.3.413.35460
  4. Pezirkianidis, C., Galanaki, E. & Raftopoulou, G. (2023). Adult friendship and wellbeing: A systematic review with practical implications. Frontiers in Psychology, 14, 1059057. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2023.1059057
  5. Wrzus, C., Hänel, M., Wagner, J. & Neyer, F. J. (2013). Social network changes and life events across the life span: a meta-analysis. Psychological Bulletin, 139(1), 53-80. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22642230/
  6. Faur, S. & Laursen, B. (2022). Classroom Seat Proximity Predicts Friendship Formation. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9113197/
  7. Vaquera, E. & Kao, G. (2008). Do You Like Me as Much as I Like You? Friendship Reciprocity and Its Effects on School Outcomes among Adolescents. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2352147/
  8. Block, P. & Grund, T. (2014). Multidimensional Homophily in Friendship Networks. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4267571/
  9. Langheit, S. et al. (2024). Links Between Best-Friendship Quality and Well-Being From Emerging to Established Adulthood. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11196206/
  10. Kempnich, M. et al. (2024). Recherche longitudinale sur les réseaux égocentrés lors d’une transition de vie. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39079231/
  11. Insee (2024). France, portrait social – Relations sociales. Données SRCV 2022. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8242375
  12. Insee. Rencontres et communications avec la famille et les amis selon le sexe, la vie en couple et l’âge. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2648126
  13. Riffaut, H., Dessajan, S., Berhuet, S. & Hoibian, S. (2026). Étude Solitudes 2025 – Les liens de proximité : pivots de la sociabilité. Crédoc. Rapport Crédoc
  14. Riffaut, H., Dessajan, S., Saurier, D., Hoibian, S. & Berhuet, S. (2025). Le temps des solitudes. Les fragilités relationnelles à l’épreuve des temporalités. Crédoc. Rapport Crédoc
  15. Insee. Relations sociales des immigrés et des natifs d’Outre-mer. https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793292

FAQ

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour devenir ami avec quelqu’un ?+

Une étude de Jeffrey Hall a estimé environ 50 heures de temps partagé pour passer d’une connaissance à un ami occasionnel, environ 90 heures pour atteindre le niveau d’ami et plus de 200 heures pour une amitié proche. Ce sont des estimations issues de populations précises, pas des seuils universels.

Pourquoi est-il plus facile de se faire des amis quand on voit régulièrement les mêmes personnes ?+

La proximité et les rencontres répétées multiplient les occasions d’interagir, de devenir familier et de faire évoluer la relation. Mais revoir quelqu’un ne suffit pas : il faut aussi qu’une interaction et un intérêt mutuel se développent.

Est-ce que parler de choses personnelles rapproche vraiment ?+

Dans une expérience classique, des inconnus ayant répondu à des questions progressivement plus personnelles ont rapporté davantage de proximité que ceux ayant échangé des banalités. Cela montre qu’un dévoilement progressif peut favoriser la proximité dans certaines conditions, pas qu’il garantit une amitié.

Qu’est-ce qui aide une amitié à durer ?+

La recherche sur la maintenance des amitiés identifie notamment la positivité, le soutien, l’ouverture et l’interaction. En pratique, les amitiés ont besoin de signes réguliers que la relation compte encore.

Vaut-il mieux avoir beaucoup d’amis ou quelques bons amis ?+

La recherche ne donne pas de nombre idéal valable pour tous. La qualité, le soutien, la satisfaction et la fiabilité des relations sont fortement liés au bien-être.

Comprendre les mécanismes aide. Les pratiquer change davantage.

Si vous savez déjà ce qui manque dans votre vie amicale mais que le passage à l’action reste difficile, commencez par le défi amitié gratuit de 7 jours.

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